Collectifs_29_mai

Le titre de ce post est aussi celui d’un message que j’ai reçu il y a quelques jours :

Chers amis du collectif, j'ai dû prendre la décision devant l'urgence de la demande, de remettre à la disposition du service des associations, la salle qui nous était prêtée le lundi soir. Le responsable de la gestion de l'espace Lafarge ayant constaté notre "disparition" !  Il nous propose cependant de nous prêter une salle "au coup par coup" ! Salutations à tous! Odile L.

Pour comprendre la portée (exclusivement locale) de ce message, il faut remonter 3 années en arrière.

ReferendumFin mars 2005, quelques semaines avant le référendum, un petit groupe d’encartés PC, LCR, Verts, et de non-encartés (me for instance) se sont retrouvés régulièrement dans un café pour s’organiser et contrecarrer à coups d’arguments le projet de traité constitutionnel européen auquel nous ne pouvions échapper, et auquel nous n’avons pour finir effectivement pas échappé.

Critères pour faire partie de ce club ouvert à tous : ne pas gober les beaux discours lénifiants, analyser, partager, coller (des affiches), expliquer, argumenter, se battre sur le plan des idées.

Hauts faits à mettre à notre actif durant les semaines qui suivirent :

  • Plusieurs réunions publiques animées avec rétroprojecteur, vidéo projecteur (empruntés sans autorisation à Mme Education Nationale), ampli, haut-parleurs, écran d'un blanc douteux, micro, cordes vocales, huile de coude et sans oublier l'indispensable travail (DVD) de Raoul-Marc Jennar.
  • Tournage en ridicule d’une réunion pour le OUI avec pour vedette américaine finlandaise l’ex-pilote automobile Harry Vatanen (député européen faisant moins peur aux commandes de son bolide qu’à celles de l’Europe) accompagné d’une brochette d’élus UMP locaux, de Mme Vatanen (Mr et Mme : impayables, mais trop long à raconter), de quelques citations pas bien senties de De Gaulle, et bien sûr de l’"Ode à la joie" en ouverture et en fermeture de cette ode à la grande fraternité des peuples … sur l’autel du libéralisme non faussé. Deux heures à donner le vertige sur l’incompétence et les contradictions de ceux qui décident pour nous, au terme desquelles les héros sus-nommés sont repartis la queue basse.

Au soir du 29 mai nous avions tous le sentiment d’avoir envoyé notre petite brique en travers de la gueule de Goliath, d’avoir vécu une fédération des bonnes volontés de gauche, et sans vraiment nous l’avouer, nous avions l’espoir que ce n’était qu’un début.

Le fait est qu’en septembre, non seulement le collectif perdura, mais s’étoffa largement de nouveaux membres, et se fit même prêter une salle, le fameux lundi soir, par la municipalité socialiste qui, après coup, annonça qu’elle avait toujours soutenu le NON. Pour ma part, à partir de cette date, j’avoue que j’ai suivi les choses avec moins d’assiduité.

Durant cette période le collectif n’a pas chômé, travaillant sur les 110 propositions du projet anti-libéral, menant des actions locales (réfléchir global, agir local, c'est bien connu), organisant à nouveau des réunions publiques pour dénoncer la directive Bolkestein, avec participation à une manifestation européenne à Strasbourg à la clef.

Collectif_Strasbourg

Manif_Bolkestein

Le lundi soir était également un moment de franche camaraderie, une auberge espagnole avec pique nique à la fortune du pot. La salle commençait à être trop petite.

Après un an donc, tout comme les canards de la Sorgue, le collectif était toujours vivant.

Mais la rentrée 2006, l’approche de la présidentielle et la désignation d’un candidat commun ont sacrément plombé l’ambiance.

Extrait audio de France Inter du 7 décembre 2006 :

Les encartés de gauche ont ceci de paradoxal qu’ils bouffent du curé à qui mieux mieux, mais quand arrivent les élections ils en oublient presque les chômeurs, les services publics et l'intérêt général pour ne plus défendre sérieusement et en premier lieu que leur sacrosainte chapelle politique.

Je dois toutefois reconnaître que plusieurs membres du PC du groupe ont eu la cohérence de ne pas reprendre leur carte, estimant que s’en était trop, lorsque le nombre de collectifs du département est miraculeusement passé de 7 à 15 au moment de la désignation du candidat unique, ces nouveaux venus ayant tous comme un seul homme désignés Marie-George Buffet comme candidate.

J’ai également encore en mémoire le sourire d’un militant de la LCR qui au lendemain du premier tour m’annonça avec force chiffres à l’appui la progression de La Ligue par rapport à 2002, et la déroute des autres. Une brillante démonstration pour un sombre constat. Le 29 mai était bien loin.

A ce petit jeu à gauche, et vu les arguments de la candidate du PS, l’affaire a était rapidement pliée, et au soir du 6 mai nous avions tous perdus, et pour longtemps.

Malgré cela le collectif a survécu (season 3), même si ses rangs se sont clairsemés.

Aux dernières élections municipales une liste ayant pour ossature une bonne partie de ses membres (tête de liste Jean-Louis, Marie-Jo en 2nde position, tous deux interviennent dans l’extrait audio) a même vu le jour. Elle a réalisé le score inespéré de 12% au premier tour, lui permettant de se maintenir, et d’espérer avoir au moins un élu.

Mais au soir du premier tour la liste s’est purement et simplement disloquée, certains voulant se rallier au maire PS sortant (qu’ils avaient largement critiqué durant 6 semaines), d’autres appelant à ne pas voter pour cette liste, d’autres encore ne voulant plus entendre parler de ce maire n’ayant de gauche que l’étiquette et préférant voter pour le candidat divers droite, qui fut élu le dimanche suivant.

Autant dire qu’après cela, on comprend mieux pourquoi une salle du local des associations est à nouveau libre le lundi soir.

  • Beaucoup de bonnes volontés mais aussi beaucoup d'amateurisme, pris en défaut par plus malins.
  • La tentation légitime de vouloir participer à de grandes échéances électorale, mais des dirigeants de partis qui ne tiennent pas compte de la volonté d'union de leur base et entretiennent des conflits larvés.
  • Une énergie folle pour en finir là …

Verre à moitié vide : la vraie gauche sera toujours divisée, donc pas crédible et aucun de ses projets n’aboutira.

Verre à moitié plein : il faut avant tout ne jamais regretter de s’être battu pour ses idées. Cette expérience est peut-être le terreau de projets qui un jour aboutiront.

A votre santé

C.H.