Sukkwan_Island David_Vann

Tout a commencé par la lecture de cet article d’André Rollin dans le Canard Enchaîné du 20 janvier :

Canard_Enchaine_20_Janvier

Par cette mise en bouche alléché j’ai mis prématurément un terme à cette lecture, pour ne pas en savoir davantage et profiter à plein de l’effet de surprise. Je me suis alors précipité chez mon libraire préféré pour me procurer immédiatement ce livre.

Profiter à plein de l’effet de surprise … c’est un euphémisme. Autant dire que j’en ai eu pour mon argent et même au delà … presque au delà du supportable. Comme l’a très bien décrit Arnaud Viviant dans sa chronique "Un livre sous le bras" du 26 janvier dernier :

Arnaud_Viviant

Cette histoire laisse un souvenir impérissable mais pas forcément dans l’acceptation la plus positive du terme. Elle met en évidence une certaine désespérance universelle latente. Les gens ne tournent pas rond, et les écrivains, même prometteurs, ne font pas exception.

La première partie de l'ouvrage fait irrésistiblement penser à "Into the wild" : la nature comme ultime refuge au mal de vivre, majestueuse, implacable, nourricière, oppressante, immuable. Sachant que contrairement au destin tragique de Chris McCandless, il ne s’agit fort heureusement dans le cas présent que d’un roman. Quoique …

Lorsqu’aux trois quarts du récit on s’aperçoit que :

  • le personnage principal se nomme James Edwin Fenn,
  • son fils à 13 ans,
  • le roman est dédié "A mon père , James Edwin Vann, 1940-1980",
  • l’auteur est né en 1966 et il avait donc à peine 14 ans lors du décès de son père …

On est en droit de se demander si il n’y a pas ne serait-ce qu’une infime part d’autobiographie dans cette histoire… de quoi frissonner pour de bon.

Un petit extrait :

Ils tuèrent une chèvre de montagne qui s’était aventurée près du rivage, Roy s’émerveillant du sang d’abord si rouge sur le pelage blanc avant qu’il ne vire au noir. Il faisait désormais un tel froid que l’animal dégageait un nuage de vapeur tandis qu’ils le vidaient. Le lendemain matin, le sommet des montagnes était couvert de neige, comme si l’esprit de la chèvre s’y était envolé, et au bout d’une semaine, la neige était descendue à mi-chemin de la cabane, couche blanche immobile dans l’air sans vent, étincelante dans l’après-midi.

Si à présent le voyage pour Sukkwan Island vous tente toujours, vous êtes prévenus; et n'oubliez pas dans vos bagages une petite boîte d'anxiolytiques.