22 décembre 2008
L’emmerdeur : naufrage salutaire d’un arroseur arrosé
Francis Weber est un scénariste brillant dont les comédies ont toujours fait un triomphe en France.
Durant les années 80 les producteurs américains peinaient à trouver de bons scénaristes pour leurs comédies, aussi firent-ils appel au vivier européen. Ainsi Francis Weber participa lui-même au remake de certains de ses films (The Toy = Le jouet ; The partners = Les compères ; Three fugitives = Les fugitifs)
Presque trente ans plus tard comment Francis Weber a-t-il pu avoir l’idée saugrenue de faire un remake, en France, de l’une de ses meilleures comédies ? Si ce n’est, justement, par un manque flagrant d'imagination, associé à l’espoir de faire tout de même fonctionner le tiroir caisse !
Il y a fort à parier qu’en son temps Monsieur Milan
n’aurait pas trop apprécié : 
Espérons que ce flop ôtera définitivement l’idée à qui que ce soit de faire un remake des « Tontons flingueurs », et qu’il donnera à Francis Weber le coup de pompe au cul salvateur propre à lui remettre les méninges en activité.
C.H.
28 février 2008
J’aime la vie, je fais du vélo, je vais au cinéma
Ce documentaire très instructif de Francis Fourcou (2005)
retrace la vie des cinémas itinérants et d’art et d’essai, face aux multiplexes
et autres Kino-ciné (Bruxelles).
Le samedi 23 février, au lendemain de l'opération "Ecrans noirs", ce film était projeté dans une petite salle municipale d’une commune provençale.
Cette salle fait partie de la tournée d’une quinzaine de communes du cinéma itinérant "La Strada". Ce cinéma fait vivre quelques intervenants, mais vit surtout grâce à une poignée de bénévoles qui ont une certaine idée du cinéma, qui n’est pas exactement la même que celle des consommateurs de pop corn. L’avenir de "La strada" est incertain, et étroitement lié aux choix de création d’une salle fixe par la prochaine municipalité …
Etaient présents lors de cette séance exceptionnelle : Francis Fourcou, en personne, et Patrick Guivarch le directeur du cinéma Utopia Avignon, situé à quelques kilomètres, et qui le matin même intervenait dans la matinale de France Inter.
Voici quelques morceaux choisis de cette émission, en
commençant par l’interview d’Emmanuel Ethis, sociologue du cinéma et de ses
publics, et directeur de l’université d’Avignon :
Extrait de l’entretien avec Patrick Guivarch, directeur d’Utopia Avignon :
Le débat qui a suivi la projection du film fut l’occasion d’apprendre quelques informations assez méconnues du grand public. En vrac :
- Seuls 4 pays au monde ont une fréquentation de leurs salles réalisée majoritairement par leur propre production cinématographique, et non par celle des USA : la Corée du sud, l'Inde, le Japon et la France.
- La Corée a vu son industrie cinématographique prospérer ces dernières années grâce à un accord très particulier avec les majors américaines : pour un film américain diffusé sur son territoire, deux films coréens doivent être financés.
- Des entreprises telles que Bouygues font de leur propre initiative des relevés aériens à proximités des grandes villes, pour ensuite démarcher ces municipalités et leur proposer l’installation d’un multiplexe à leur périphérie.
- Le numérique permettra de conserver à l’identique la qualité dans le temps du film projeté, mais ce film ne sera pas d’aussi bonne qualité qu’avec une pellicule classique. En fait les exploitants n’ont quasiment aucun intérêt dans cette nouvelle technologie.
- Certains cinéma itinérants (bus) avec projection vidéo numérique existent en Afrique, et pourraient permettre au cinéma africain moribond actuellement, de renaître.
- Un multiplexe s’est installé il y a quelques années à
Bordeaux, en zone franche et avec des aides européennes. A la même période un
cinéma Utopia s’est installé dans un quartier laissé pour compte de
cette même ville, sans aucune aide financière. Le quartier a reprit vit, la municipalité d'Alain Juppé a
osé réclamer la modique somme de 200000 euros pour frais de stationnement …, heureusement sans suite.
Le dimanche matin, l’émission se poursuivait, avec d’autres
invités, et en particulier avec la lecture de l’intégralité du texte
de Mathieu Amalric, qu’avait censuré Antoine De Caunes lors de sa lecture à la
remise des césars :
Au fait, longue vie à la Strada !
C.H.
27 février 2008
Trust me, My blueberry nights : étonnante similitude des affiches
My blueberry nights (2007) : pas vu
Trust me (1991) : en excellente position parmi mes films préférés.
La ressemblance saute aux yeux. Non ? Avec un design actualisé bien sûr.
Hal Hartley était alors un metteur en scène prometteur, sa carrière n’a pas décollée.
Martin Donovan fait de rares apparitions dans des films qui traversent l’Atlantique.
Quant à Adrienne Shelly son destin a été tout à la fois tragique et sordide en 2007, l’année même de la sortie de ce qui restera son premier et seul film : « Waitress ». Un film sorti en France dans la plus grande discrétion, malgré des critiques assez élogieuses. Heureux celui qui habite à proximité d’un cinéma l’ayant projeté.
C.H.
Message personnel : je recherche vainement une affiche originale de "Trust me" au format 40x50. A bon entendeur salut ...
20 février 2008
Les faussaires, adapté d’un livre d’Adolf Burger
"L’Atelier du diable" est un livre d’Adolf Burger, rescapé d’un camp de concentration.
L’atelier en question, caché dans le plus grand secret dans deux baraquements du camp de Sachsenhausen, a permis à l’armée allemande de mener l'Opération Bernhard, qui consistait ni plus ni moins à fabriquer de la fausse monnaie, Livres Sterling et Dollars dans l’espoir de déstabiliser l’économie alliée. Les nazis avaient pour se faire sélectionné des imprimeurs, des typographes et autres faussaires, tous prisonniers juifs.
Le film de Stephan Buzowitzky illustre cette facette inconnue jusqu’alors de cet autre drame qui s’est joué dans ce camp d’extermination.
Adolf Burger a 90 ans. Son livre n'est pas encore publié en français. Il y a quelques semaines il est venu à Paris présenter le film. Paula Jacques a eu l'occasion de l'interviewer pour son émission Cosmopolitaine du 10 février. Je vous propose l’intégralité de cette interview, qui me paraît particulièrement intéressante.
Montage audio :
Stephan Buzowitzky a fait une adaptation sans aucune
grandiloquence du roman, s’effaçant derrière les personnages et l’histoire. On
saisit de façon stupéfiante l’ambiance qui devait régner dans les camps de la
mort. La survie temporaire tenant à la réussite de la fausse monnaie,
ou étant conditionnée à sa propre résistance face à la maladie ou à la malnutrition … ou dépendant bêtement des humeurs d’un gardien. Cependant il ne sombre jamais dans l’horreur absolue.
Les
oppositions idéologiques et l’évolution d’un groupe face à un cas de conscience
sont également très bien rendus.
Le regard des autres détenus est également terrible, lorsqu'ils constatent les conditions de vie, exceptionnelle compte-tenu du contexte, dont ils bénéficiaient.
Karl Markovics qui joue le rôle de "Sally" est particulièrement charismatique.
"Les faussaires" est un film remarquable à voir absolument, sur une période horrible.
Il est visible par tous les publics ... même par un enfant de CM2. Aller le voir peut être très instructif sur la Shoah, sans pour autant qu’un fardeau de culpabilisation soit imposé aux jeunes spectateurs.
C.H.
09 janvier 2008
Gone Baby Gone, adapté d'un roman de Dennis Lehane
Il y a de cela une poignée d’années, un critique littéraire,
invité d’une émission radiophonique matinale (certainement "Alter
Ego" ou "Tam Tam etc
… "), avait dressé une courte liste de ses auteurs préférés du moment.
Dennis Lehane figurait en tête de cette liste, George Pelecanos était en bonne place également.
Quelques semaines plus tard, j’avais lu tous les romans de Lehane, et j’étais devenu un inconditionnel de Daniel Kenzie, Angie Gennaro et Bubba Rogowski.
Ces trentenaires, amis d’enfance, devenus détectives privés pour les premiers, trafiquant d’armes (entre autres) pour le troisième, sont les héros de 5 de ses romans (le dernier n’était pas encore sorti à l’époque).
Des romans noirs qui se situent tous à Boston (au moins pour partie), et pas précisément dans les quartiers les plus reluisants, même si la Jet Set locale y a parfois mailles à partir.
Gone Baby Gone ne déroge pas à la règle. Le point de départ, et fil conducteur, en est la recherche d’une petite fille kidnappée, dont la mère célibataire est une pauvre fille droguée et pas vraiment attentionnée.
S’agissant du 4ème épisode des aventures du couple chaotique composé de Kenzie et Gennaro, autant dire qu’ils ont déjà bien morflés moralement et physiquement dans leurs précédentes enquêtes, avant même d’entamer celle-ci.
Et c’est là que réside la seule liberté qu’a pris Ben Affleck, qui réalise en l’occurrence son premier film. Car les comédiens (Casey Afflek, son frère, joue le rôle de Kenzie) ont tous trois un côté légèrement juvénile qui ne cadre pas tout à fait avec l’idée que l’on se fait des personnages. Mais c’est un choix, pas une erreur de casting, dans cette version ils sont censés débuter leur carrière et passer à autre chose que de menus larcins.
Autre petit regret, dans les romans leur bureau se situe dans le cloché désaffecté d’une église de Boston, et j’avoue que j’attendais avec une certaine impatience de voir la transposition de ces lieux à l’écran … j’attends encore.
Mais le roman est bon, et l’histoire le reste au cinéma, aussi ces remarques font figure de détails une fois l’action entamée.
En dire davantage sur l’histoire, ce serait risquer de trop en dire, et gâcher le plaisir de sa découverte, cinématographique ou littéraire.
Les lieux, l’ambiance, la dramaturgie, l’état d’esprit des
personnages, le regard critique porté sur les codes moraux de la société
américaine, tout est respecté. Il est évident que les scénaristes ont beaucoup
de respect pour Lehane et ne se sont pas fourvoyés dans une relecture de son
roman. Ils ont bien fait.
Si vous vous lancez dans cette série, il est préférable de les lire dans l’ordre car les relations entre les personnages évoluent. Sachez tout de même que le second est captivant, mais extrêmement violent, et que "Sacré" n’est pas mon préféré.
"Mystic River", toujours à Boston, mais pas avec les mêmes personnages avait été adapté en 2002 par Clint Eastwood. "Shutter Island" est sur le point de l’être par Martin Scorsese, l’action se situe …. au large de Boston.
Si Ben Affleck envisage d’adapter un autre roman de la série (ce que j’ignore), il est hors de question que je boude mon plaisir.
C.H.
13 mai 2007
We feed the world
Savez-vous :
- quelle est la quantité de pain qui est détruite chaque jour à Vienne ?
- reconnaître dans un champ Roumain une superbe aubergine transgénique sans aucun goût d’une vilaine et goûteuse aubergine produite avec des graines pouvant être semées et re-semées à l’infini ?
- ce que pense un cadre de la société agroalimentaire Pioneer de la politique de sa propre société ?
- identifier "un poisson frais pêché pour être consommé", d’un "poisson pêché pour être vendu" ?
- comment les marins pêcheurs sont contraints par l'Europe d'indiquer leurs zones de pêche (pour que les compagnies de pêche industrielle en soient informées), et à détruire leurs bateaux lorsqu’ils cessent leur activité ?
- quelle est la surface occupée par les serres dans la région d’Almeria (voir photo satellite ci-contre), permettant de produire des légumes qui parcourront des milliers de kilomètres avant d’être consommés ?
- quelle est la surface déforestée en Amazonie pour produire un soja transgénique qui appauvrit le sol, et est exporté aux Etats-Unis et en Europe ?
- dans quel état de misère sont les paysans brésiliens, affamés et acculés à consommer avec leur famille une eau polluée ?
- comment sont produits industriellement des poulets en Afrique du sud ?
- comment l'agriculture moderne détruit la nature et appauvrit certaines populations.
Pour obtenir les réponses à toutes ces questions je ne saurais trop vous conseiller d’aller voir "We feed the world" (Nous nourrissons le monde).
Un documentaire rigoureux de l’autrichien Erwin Wagenhofer, entrecoupé de commentaires sans concessions de l’écrivain, sociologue, homme politique suisse Jean Ziegler missionné par l’ONU en tant que rapporteur spécial de la commission des droits de l’homme sur le droit à l’alimentation.
Le fond musical synthétique laisse présager le monde que l’on nous prépare. Seul moment d'émotion musicale, celui où dans une serre d'Almeria un ouvrier maghrébin joue sur une guitare fabriquée à partir d’un bidon en plastique et d’un manche en bois.
Le film se termine par l’interview du PDG autrichien de la multinationale Nestlé, Peter Brabeck. Nestlé est la société transcontinentale N°1 dans le domaine de l’alimentaire et de l’eau en bouteille.
Entre autres choses Peter Brabeck nous explique que certaines ONG aux "idéaux extrêmes" souhaitent que dans le monde la distribution de l’eau soit sous contrôle national, accessible à tous et gratuite. Mais dans sa grande sagesse, lui estime que l’eau est un bien trop précieux, qui a une valeur, et qu'elle doit être vendue à son juste prix (fixé par les soins de sa société).
Le PDG de Nestlé nous expose un autre de ses grands principes. Mais ne disposant pas de la bande son du film, je vous propose de regarder la photo de Mr Brabeck et simultanément d'écouter un passage audio qui traduit bien sa pensée : Message_a_faire_passer.
Décidément les grands humanistes sortent tous de la même école.
A noter :
Vous pouvez écouter Jean Ziegler invité de l’émission " Là-bas si j’y suis " à propos de ce film sur la page suivante : http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=1161 ou télécharger intégralement l’émission (sous 3 formats audio différents) sur celle-ci : http://media.la-bas.org/mp3/070418/.
Jean Ziegler est un personnage atypique dans son propre pays. Il n’a pas hésité à maintes reprises à dénoncer l’hypocrisie et le cynisme Suisse. A titre d'exemple, son livre "La Suisse, l’or et les morts", qui dénonce les banquiers suisses qui se sont accaparés l'argent des juifs déportés.
Le livre du film écrit par le réalisateur et Max Annas.
Un film à ne pas manquer sur l'état de la terre et de ses habitants, et leur devenir si cette logique économique n'est pas enrayée.
C.H.
21 avril 2007
After the wedding
Enfin un film proposé sur ce blog politico-médiatico-anti-sar… ! !
Je vous conseille, si vous en avez encore l'occasion, d’aller voir un film au titre pouvant se traduire littéralement par : " Après la noce ".
Titre évocateur en cette veille d’élections. En effet, mieux vaut bien choisir la personne avec laquelle on souhaite faire un bout de chemin …
Il s’agit d’un film danois de Susanne BIER.
... amours, filiation, générosité, échec personnel, richesse, pauvreté, ambiguité des rapports humains, non-dits ...
L'action se déroule un peu en Inde, beaucoup au Danemark.
C’est l’histoire d’un homme que son passé va rattraper, et dont la vie va basculer. Les rebondissements ne manquent pas, le scénario est riche en émotions, les personnages sont tout à fait crédibles et très bien interprétés.
Je n’en dirai pas plus, et j’espère ne pas avoir déjà trop défloré le sujet.
Sachez quand même que sa réalisatrice, certainement issue de l’école de son compatriote Lars Von Trier, est adepte du DOGME 95 (http://fr.wikipedia.org/wiki/Dogme95 ), en deux mots, elle filme caméra à l’épaule. Mais elle en use avec parcimonie, donc pas besoin d’avaler des cachets pour éviter le mal de mer avant la projection (si j’ose dire).
L’acteur principal Mads Mikkelsen a une tête à jouer les sales types dans un James Bond, ... et justement, c'était le " méchant en chef "dans le dernier (et pour la première une fois bon) James Bond (eh oui, remplacer des gadgets par un scénario peut servir de temps en temps). Il prouve à l’instar d’Alan Rickman (dans Piège de cristal) qu’un comédien peut être découvert par le grand public dans un rôle de salopard dans un blockbuster, puis ultérieurement se révéler excellent dans des films intimistes.
Le film dure 2 heures, ce ne sont pas 2 heures de perdues.
Dernier détail : l’option mouchoirs n’est pas à exclure.
C.H.
















